Covoiturage

Mobilité du quotidien : la priorité au covoiturage ?

La grève générale de la fin d’année 2019, en contestation à la réforme des retraites, a marqué les esprits du fait de sa longueur et son intensité. Cet épisode a également permis de riches observations sur les comportements de mobilité en période de défaut des transports en commun. Si en région parisienne les bouchons ont battu des records, le trafic vélo a également explosé sur la capitale, particulièrement marquée par la grève à la RATP.

Pendant plusieurs semaines, le message « Grèves, pensez covoiturage » a été diffusé sur les panneaux à messages variables sur la plupart des routes françaises. S’il est difficile d’évaluer précisément l’impact de la grève sur la pratique du covoiturage pour les déplacements réguliers (domicile-travail / étude), des progrès considérables sont possibles sur ce volet (90 % des trajets automobiles en France sont effectués en autosolisme). De nombreuses collectivités territoriales misent ainsi sur une hausse du taux de remplissage moyen des véhicules pour atteindre leurs objectifs de transition énergétique inscrits dans leurs PCAET ou leurs PDU. Le covoiturage est alors vu comme un maillon essentiel de la réduction de l’empreinte carbone du transport. Cette optimisation de l’existant est en effet un préalable à la transition énergétique des véhicules, ou à un changement complet des façons de se déplacer (fin du véhicule individuel ?).

Déjà bien développé pour les trajets longue-distance, le covoiturage peine encore à percer sur les déplacements réguliers et de courte distance.

Hasard du calendrier (?), le Cerema a publié fin novembre les résultats de deux enquêtes (employeurs et salariés) menées sur le covoiturage régulier domicile-travail. Ces enquêtes regroupent les réponses des responsables des ressources humaines de 20 établissements publics et privés et de 3 211 salariés.

Qu’ils soient dotés ou non d’un plan de mobilité, une large majorité des établissements enquêtés partagent l’objectif de développer le covoiturage dans les déplacements domicile-travail. Et à raison : 66,5 % des salariés répondants indiquent en effet utiliser (de manière mono-modale ou multi-modale) leur véhicule personnel en autosolisme pour les déplacements domicile-travail, loin devant les transports en commun (30,9 %) ou encore le vélo (16,1 %). Le covoiturage est ainsi pratiqué par 12,1 % des salariés. En mode de déplacement exclusif (mono-modal), la pratique du covoiturage tombe à moins de 5 % des salariés.

Une majorité des autosolistes réguliers (53,3 %) déclare cependant être prêt à covoiturer régulièrement à certaines conditions. Les trois principales conditions énoncées sont la possibilité de trouver facilement et rapidement un covoitureur lorsque le besoin de déplacement se présente (50,8 %), de disposer d’une solution de repli garantie si le covoiturage prévu faisait défaut (49,7 %), et de bénéficier d’avantages financiers et de récompense (32 %).

Malgré la multiplication des outils de covoiturage (se faisant souvent concurrence sur les territoires), près de 35 % des répondants soulignent la difficulté de trouver des covoitureurs avec qui le covoiturage serait possible de manière régulière.

L’étude souligne également le modèle économique du covoiturage en indiquant qu’une large majorité des covoitureurs conducteurs ne demandent jamais aux passagers de participer aux frais de covoiturage, alors même qu’ils ne sont qu’un tiers à pratiquer le covoiturage alterné (permettant mécaniquement une répartition des frais).

Les salariés interrogés insistent sur le manque d’accompagnement et de soutien de leur employeur dans la pratique du covoiturage. Les actions identifiées ne sont pourtant pas inconnues : mettre à disposition des outils permettant d’identifier des covoitureurs, assurer une solution de repli en cas de défaillance du dispositif et mettre en place une incitation financière au covoiturage. Ainsi, plus de 40 % des salariés se disent favorables à la mise en place du forfait mobilité durable prévu dans le cadre de la Loi d’Orientation des Mobilités adoptée fin 2019.

Le forfait mobilité durable, facultatif, permettra aux employeurs de verser jusqu’à 400 €/an sans charges ni fiscalité aux salariés en covoiturage ou à vélo. Il remplace l’indemnité kilométrique vélo. L’Etat employeur s’est déjà engagé à mettre en place un forfait mobilité durable pour tous ses agents à hauteur de 200 €/an. Un décret doit venir préciser début 2020 les modes de transport considérés dans ce forfait (autopartage, scooters en libre-service, trottinettes, …) et les conditions de déploiement.

Pour en savoir plus sur l’enquête du Cerema : Synthèse de l’étude

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